Journal de bord #2 - Découverte de l'État Shan

24/02/2018

Programme de Taunggyi

 

Après un jour de repos passé à Kalaw, où nous avons pu visiter un marché local aux allures de souk, nous repartons vers la ville de Taunggyi pour rejoindre le premier programme de parrainage de notre itinéraire. Après une belle ascension de 600 m à environ 8%, nous arrivons sur les hauteurs de Taunggyi, qui surplombe les plaines de l’état Shan. Ce sont donc les jambes lourdes que nous roulons dans les rues vallonnées de la ville, à la recherche du centre dirigé par le père B., notre contact sur place. La compréhension téléphonique étant difficile, nous décidons de passer le téléphone à un riverain, afin qu’il puisse nous indiquer le chemin du centre. Aussitôt l’appel terminé, celui-ci enfourche son scooter et nous propose de nous y conduire, avec une gentillesse et une spontanéité qui nous fascinent toujours autant. Après quelques longs kilomètres, nous arrivons enfin au centre qui accueille 16 garçons de tous âges, originaires de la minorité Padaung (région de Loikaw), et dont 12 sont soutenus financièrement par EDM. Nous dinons en compagnie du père B. qui nous offre alors quelques anecdotes amusantes comme celle-ci : la sorte de jupe traditionnelle portée par les Birmans tirerait son origine d’un pari perdu par leur pays face à la Chine, au cours d’une rencontre sportive. Le perdant devait alors porter un vêtement féminin. Nous découvrons également à travers ses dires son dévouement total à l’éducation des enfants, qui pour le citer, « n’ont pas beaucoup de temps libre » en raison de leurs nombreuses révisions. Nous sommes amusés lorsqu’il nous propose alors de regarder un match de football à la télé, mais épuisés nous décidons d’aller nous coucher.

                 

Le lendemain, nous nous dirigeons vers le centre dédié aux filles où habitent les trois filleules que nous devons rencontrer. Sœur M.S. nous fait visiter le centre dès notre arrivée nous précisant que 66 filles sont hébergées ici. Notre venue devient rapidement l’attraction de la journée pour les jeunes filles qui nous affichent leurs plus beaux sourires, signe de leur vie épanouie au sein du centre. Nous assistons dans certaines pièces à des moments de révision, au cours desquels les enfants récitent tous simultanément et à haute voix leurs cours. Cette cacophonie surprenante que nous retrouvons dans chacun des établissements que nous visitons semble pourtant faire ses preuves.

 

Après un déjeuner avec père B., nous disputons un match de foot avec les garçons sur le terrain du centre, sur un revêtement mi-sable, mi-hautes herbes. Nous consacrons alors l’après-midi à la rencontre des trois filleules, Theresa, Maria et Thuzar Win, qui semblent tout de suite plus intimidées en petit comité. Nous leur posons quelques questions sur elles et leur offrons les cadeaux préparés par leurs parrains, à leur grand émerveillement. La timidité s’efface rapidement au fil de la discussion. De chuchotements à peine distincts en guise de réponse à nos questions, nous passons à une belle performance vocale lorsqu’elles nous interprètent « Glory To Your Name » en trio. Elles n’hésitent plus à nous poser à leur tour des questions sur leurs parrains respectifs, ainsi qu’à nous montrer leurs plus beaux dessins. Après avoir immortalisé ces belles rencontres avec quelques clichés photo, nous repartons en leur compagnie vers le centre des garçons pour leur séance de chant hebdomadaire dirigée par père B., filles et garçons confondus. Nous disons au-revoir à tous les enfants le jour suivant, avant de sauter à l’arrière du pick-up du père B., qui nous emmène au point culminant du mont de Taunggyi. Les routes sont tracées au plus court et le voyage est assez rocambolesque : un vrai remake de la scène de la 2CV pilotée par sœur Clotilde dans les Gendarmes à St Tropez. Arrivés au sommet, nous pouvons contempler le panorama stupéfiant sur Taunggyi, et nous nous rendons mieux compte de la superficie de la quatrième ville du pays. Une certaine brume opaque dont nous doutons de l’origine naturelle semble cliver la ville du reste de l’état Shan et nous offre un paysage à la fois onirique et oppressant. Nous repartons finalement en direction du lac Inle, après avoir chaleureusement remercié notre hôte.

 

 

 

 

Lac Inle

 

Nous arrivons dans notre auberge de jeunesse en fin de journée et nous y retrouvons Mark, qui a pris un peu d’avance sur nous. Nous décidons de partir le lendemain à vélo pour nous balader sur les rives du lac. Nous comprenons assez vite qu’accéder au lac avec nos bolides va être compliqué, celui-ci étant bordé par des zones marécageuses assez étendues. Nous décidons alors de nous perdre dans des petits chemins, et quel bien nous en a pris ! Nous nous retrouvons dans des petites allées, alternant forêts de bambous, rizières, champs en tous genres, et petits lotissements de maisons sur pilotis. Nous nous arrêtons pour observer ce que nous apprenons être une exploitation de canne à sucre, produisant des gâteaux et du jus à partir de la canne, et nous participons brièvement à leur fabrication. Ce tableau de la vie quotidienne des habitants locaux nous offre un contraste fort avec le tourisme occidental et la mise en scène pouvant l’accompagner autour du lac Inle. Le retour s’effectue par bateau, après une courte négociation pour embarquer avec nos trois vélos, et nous pouvons observer les quartiers résidentiels et commerciaux des habitants du lac, semblant vivre en autarcie totale, se déplaçant de maison en maison par bateau, entre les fameux jardins flottants.

 

 Au port d’arrivée nous décidons de planifier notre journée en bateau du lendemain. Nous souhaitons profiter du lever de soleil sur le lac, découvrir les jardins flottants et les pécheurs traditionnels, tout en évitant les zones très touristiques aux heures de pointes. Nous trouvons notre bonheur auprès d’une dame très gentille, qui nous propose en bonus un déjeuner local dans sa maison sur pilotis ! Nous rentrons à l’auberge de jeunesse heureux cette opportunité, et nous faisons la rencontre de Philip et Jack, deux Irlandais d’une trentaine d’années, eux aussi à vélo en Asie depuis plusieurs mois.

 

Nous démarrons notre journée en bateau le lendemain avec un rendez-vous au port à 5h30 – les levers de soleil ça se mérite ! – bien emmitouflés dans les couvertures fournies par le capitaine du bateau. Nous sommes parmi les premiers sur le lac, et le spectacle s’offrant à nous est total, tant par les lumières du ciel et leurs reflets sur l’eau, que par la présence des pêcheurs traditionnels, fendant l’eau par ce mouvement de jambe qui les caractérise tant. Nous continuons notre tour du lac par la visite d’un temple abritant 4 buddhas recouverts de feuillettes d’or, qu’il est possible d’aller coller soi-même dessus (à la petite condition de ne pas être une femme, rien que ça…). Nous visitons donc également Inn Dein et ses nombreuses pagodes dorées, accessibles après un couloir de marchands de souvenirs interminable, avant de s’arrêter pour déjeuner dans la maison sur pilotis de notre capitaine de bateau, où nous retrouvons sa femme. Elle nous propose de nous appliquer du Thanaka sur le visage, ce masque jaune que nous retrouvons sur la plupart des figures des Birmans, obtenu en frottant un morceau de bois de Tanakha humide sur une pierre, et servant à protéger sa peau du soleil, mais également utilisé pour son côté esthétique. Nous regagnons ensuite notre port de départ et y achetons des graines de tomates birmanes, pour accomplir notre premier défi, proposé par la maison de retraite de Montlouis-sur-Loire.

 

 

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