Journal de bord #3 - Montagnes & Monastères

12/03/2018

Inle - Yangon

 

Nous souhaitions initialement aller à la rencontre des minorités Padaung et Kayah dans les hauteurs de Loikaw, situé au sud du lac Inle. Malheureusement nous apprenons que la route après Loikaw est fermée aux touristes, ce qui nous obligerait à faire un grand détour avant de descendre sur Yangon. Nous décidons donc de faire une croix sur Loikaw, et de traverser directement les montagnes après Inle pour rejoindre Naypyidaw.

 

Depuis le lac Inle, nous roulons pendant 4 jours pour gravir les montagnes qui nous séparent de la capitale. Pendant la journée, nous pédalons au maximum le matin pour éviter la chaleur, et nous faisons de longues pauses le midi pour profiter d’un peu d’ombre. Si les montées sont souvent longues et très éprouvantes, nous sommes heureux de pouvoir admirer des paysages superbes dans une zone où le tourisme est absent. Les montagnes s’entourent souvent d’une brume mystérieuse qui offre un spectacle émouvant.

Chaque soir avant le coucher du soleil, c’est l’incertitude de trouver un hébergement pour la nuit. C’est un sentiment qui finit par nous plaire, tant les nouvelles rencontres et l’accueil chaleureux sont au rendez-vous. Dans cette région montagneuse, il n’y pas une seule guest-house. Nous demandons donc l’hospitalité dans les monastères que nous croisons. Nous sommes systématiquement reçus avec une gentillesse et une simplicité remarquables. Même si la langue peut parfois se dresser en obstacle à la communication, les gestes et les rires permettent toujours de trouver beaucoup d’humanité dans nos rencontres. Le premier soir nous marque particulièrement. Alors que nous discutons avec un moine pour nous héberger une nuit, nous voilà embarqués dans une camionnette avec nos vélos jusqu’à un village isolé dans les montagnes. Un grand monastère y tient une place importante aux côtés d’une école : c’est ici que nous logeons pour la nuit. Nous y rencontrons notamment Hla Wai, jeune étudiant qui enseigne le Birman aux élèves et qui nous fait visiter le village. Nous avons même la chance de goûter aux pommes de terres locales autour d’un bon repas. Le lendemain, il nous emmène jusqu’à un marché de la minorité Pao. Beaucoup de couleurs, de sourires et de produits locaux que nous avons envie de tester un par un. Le deuxième soir, nous faisons la connaissance du moine Wai Phyo du monastère Uu Pyin qui nous donne beaucoup d’informations sur la région.

 

Souvent, nous sommes réveillés par les prières des moines très tôt le matin, mais un petit déjeuner copieux nous attend toujours pour bien commencer la journée. Nous sommes également plusieurs fois confrontés à la police locale, qui nous soutient que nous ne sommes pas en sécurité dans les monastères. Amusés par cette explication, nous nous doutons que le gouvernement souhaite en réalité avoir une forme de contrôle sur la position des étrangers. Les nombreuses photos de nos passeports qui matérialisent cette surveillance deviennent vite une routine agaçante.

Avant de rejoindre Naypyidaw, nous passons la barre symbolique des 1000 premiers kilomètres à vélo. Une belle étape qui en annonce beaucoup d’autres. L’arrivée dans la capitale est très troublante. De longues et larges avenues désertes donnent une image de ville fantôme. Après une longue après-midi de repos, nous sommes prêts à entamer la descente finale vers Yangon. Au programmes des 6 prochains jours, environ 350 km dans la plaine en direction du sud. Les journées sont longues et les paysages parfois répétitifs. La chaleur est de nouveau difficile à supporter en milieu de journée, le thermomètre affichant des températures supérieures à 35 °C. De nombreux camions se relaient sans cesse pour nous offrir poussière et coups de klaxon à répétition. Lorsque que le défilé bruyant commence à nous agacer, nous avons toujours le plaisir d’observer les encouragements et le grand sourire d’un chauffeur nous dépassant. Nous redécouvrons alors que le klaxon possède finalement de multiple fonctions. On s’en sert pour dire bonjour, pour prévenir que l’on va dépasser. Bref, il faut s’y habituer ! Sur la route nous faisons souvent de belles rencontres éphémères. Lors d’une pause dans un village, nous sommes invités à déguster quelques pastèques et du thé dans la petite échoppe d’une famille. Nous sommes très surpris de constater le plaisir que la grand-mère dégage en nous accueillant.

 

Pour l’hébergement, nous nous arrêtons toujours dans un monastère sur le bord de la route. Nous rencontrons U Khin, professeur d’anglais qui nous invite gentiment à diner. Il semble ravi de nous montrer ses nombreuses performances à la guitare reprenant une grande partie du répertoire classique birman. Nous restons poliment impressionnés, sensiblement marqués par la gentillesse du personnage. Nous passons la soirée suivante en compagnie de jeunes logés au monastère et d’un moine sympathique autour de quelques bières et pâtisseries locales, après avoir rejoint le centre ville à bord d’un touktouk à la mode birmane. La dernière nuit en monastère nous offre une surprise moins agréable. Au beau milieu de la nuit, nos grands amis les chiens errants en profitent pour grignoter nos affaires humides et faire tomber nos vélos, cassant notre caméra en deux.

 

 

La monotonie de la route et les camions commencent à devenir un peu lassants. Nous décidons alors de parcourir 170 kilomètres le dernier jour pour arriver à Yangon au plus tôt. Nous nous arrêtons tout de même sur la route pour découvrir la ville de Bago et ses merveilles historiques et architecturales. Nous arrivons à Yangon de nuit et nous y découvrons un trafic chaotique où le vélo n’est apparemment que peu considéré. On apprend par la suite que l’ensemble des deux roues auraient été interdits en centre ville par un général, en conséquence d’une prophétie malheureuse qui annonçait son accident futur sur un deux roues.

 

Les quelques jours à Yangon sont l’occasion parfaite pour nous reposer après notre premier mois à pédaler. C’est aussi le moment de visiter le deuxième programme de parrainage dans lequel deux filleuls ont été soutenus via notre projet. Nous avons rendez-vous à notre auberge de jeunesse avec Raphaëlle, volontaire « bambou » de l’association EDM. Arrivée depuis 6 mois, elle s’occupe de la coordination des différents programmes dans le Sud du pays et elle rencontre régulièrement les responsables locaux et les filleuls. Elle nous raconte avec enthousiasme ses premiers mois intenses ! Nous partons ensemble rendre visite au programme de Shwe Pyi Tar au nord de Yangon où nous allons rencontrer les filleuls chez eux avec leur famille. Pour les visites, Kyu Kyu Elin, responsable des jeunes du programme, nous accompagne également pour faire la traduction et faciliter la communication. Nous rencontrons d’abord Ming Lu, jeune garçon de 16 ans qui vit dans une petite maison en bambou avec ses parents et son petit frère. Avec ses très bons résultats scolaires, il souhaite devenir ingénieur ! Nous passons un moment très sympathique avec lui et sa maman, où nous échangeons des photos, dont certaines illustrent la Touraine enneigée ! Nous rendons ensuite visite à Elisabeth chez ses grands-parents. Nous en apprenons beaucoup sur leurs origines. Arrivés d’Inde il y a déjà plusieurs générations, toute la famille vit aujourd’hui dans la même maison. Même le film qui passe à la télévision donne une ambiance indienne chaleureuse.

Après ces visites très fortes en émotions, nous pouvons partir à la découverte de cette ville qui offre un fort contraste entre authenticité et développement rapide, symbole d’un Myanmar à deux vitesses. Les maisons coloniales côtoient les centres commerciaux immenses. Nous profitons pleinement des marchés locaux dans les petites ruelles pour y observer la vie birmane dans sa simplicité. Les derniers jours au Myanmar sont marqués par notre rencontre avec Nicolas, ancien tourangeau désormais à la tête de l'agence de tourisme à Yangon THINK ASIA. Après avoir entendu parler de notre projet dans la presse tourangelle, Nicolas nous avait contacté pour nous offrir l’hôtel quelques nuits. Il nous invite à diner et nous donne beaucoup d’informations sur la ville où il réside. Il s’occupe même de notre transfert jusqu’à l’aéroport ! Seul l'emballage de nos vélos pour l'avion reste à résoudre… Nous trouvons notre bonheur dans un magasin cycliste qui nous fournit gratuitement trois beaux et grands cartons.

 

 

Ça y est, c’est déjà la fin de notre périple au Myanmar, un pays qui nous a intimement marqués. La simplicité et la générosité des populations nous ont remplis d’admiration. C’est aussi le départ pour une nouvelle aventure au Vietnam ! 

 

 

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