Journal de bord #5 - Descente vers les plaines

18/04/2018

Nous repartons de Sa Pa des idées plein la tête, convaincus une fois de plus que le parrainage permet à ces enfants de rêver. Les derniers virages de montée vers le mont Fansipan, toit du Vietnam imposant et toujours embrumé, nous permettent d’admirer toute la vallée recouverte d’un épais voile de nuages. Lorsque nous entamons finalement la longue descente vers la vallée voisine, il fait déjà nuit noire et nous ne trouvons aucune habitation sur le bord de la route. Après quelques kilomètres d’incertitude nous demandons l’hospitalité dans la première maison que nous croisons. Nous sommes accueillis avec un bon thé vert par un couple. Le mari a la fumette facile, et manie la pipe vietnamienne traditionnelle avec une dextérité déconcertante.

 

Notre objectif suivant est d’atteindre Ninh Binh et ses paysages rocheux surréalistes. La mauvaise nouvelle, c’est que nous devons passer un haut col avant de rejoindre les vastes plaines que nos mollets attendent tant. L'ascension est particulièrement éprouvante. Chaque montée franchie en appelle une autre. Toutes mènent irrémédiablement à une légère descente qui nous donne l’impression amère de devoir toujours recommencer l’ascension. Lorsque nous rêvons enfin d’une soirée de repos bien mérité, nous sommes conviés à un diner d’anniversaire en compagnie d’une vingtaine de jeunes. Les policiers deviennent nos meilleurs amis d’un soir, et nous apprécions quelques douceurs à bases d’alcool de riz local.

 

Les journées suivantes, les kilomètres à vélo défilent rapidement et atteignent souvent la barre quotidienne des cent bornes. Nous trouvons l’énergie nécessaire dans les paysages que nous traversons, mais aussi dans les nombreuses pâtisseries que nous dégustons (très) régulièrement. L’aventure fait finalement ressortir les petits plaisirs quotidiens et donne de l’importance à chaque instant.

 

Après ces longues distances parcourues, nous sommes heureux d’arriver à Ninh Binh et laisser reposer nos vélos pendant deux jours. Lors de la première journée, nous faisons la connaissance de Wong, voyageur cycliste Malaisien parti il y a deux ans du Portugal. Il sera bientôt de retour chez lui ! Nous explorons les paysages de Ninh Binh en sa compagnie et gravissons quelques sommets pour admirer des vues incroyables sur la région. Les couleurs du début du printemps viennent sublimer les rizières qui reflètent l’immensité des nombreux blocs rocheux. Comme conclusion à nos déambulations dans ces décors sauvages, nous optons pour le très touristique tour en barque, espérant que l’abondance des touristes ne gâche pas trop notre virée sur l’eau. C’est un peu raté. Tout nous paraît surjoué et inlassablement fade. Même les longues grottes peinent à nous impressionner, et le balai des barques qui virevoltent de tous côtés nous enlève le plaisir d’être entourés de roches imposantes. Nous traversons une reconstitution d’un village d’une minorité ethnique où les figurants mal à l’aide posent pour les photos, offrant un décor finalement un peu triste. Victor et Simon sont moins sévères qu'Antoine sur cette activité et apprécient quelques moments au milieu de ce site naturel magnifique.

 

De nouvelles rencontres avec les filleuls parrainés via les 3 Moustiquaires sont prévues dans la région de Thanh Hoa. Pour ces deux jours intenses entre visites et découvertes sur le quotidien des ces jeunes, nous sommes logés à l’évêché de la ville, dans un centre immense regroupant pas moins de deux cents séminaristes. Nous avons même le privilège de partager les repas à la table de Monseigneur Joseph Nguyen, archevêque de Hue. Nous sympathisons rapidement avec ce personnage d’une grande gentillesse avec plein d’humour, au français impeccable. Les filleuls vivent tous dans des villages différents, situés parfois à plus de cinquante kilomètres de Thanh Hoa. Nous nous déplaçons donc en voiture accompagnés de notre aimable traducteur Tchu, guide de voyage qui a accepté de nous accompagner. Nous nous proposons également pour visiter des enfants parrainés depuis plus longtemps, afin de donner des nouvelles fraîches et concrètes à leurs parrains et marraines en France. La plupart des familles vivent de la riziculture, souvent avec des revenus très faibles et des problèmes de santé. Nous rendons notamment visite à une filleule parrainée depuis près de dix ans, qui étudie désormais les sciences et techniques à l’université d’Hanoi. Le témoignage de son père non-voyant nous bouleverse. Il nous détaille l’apport immense qu’a représenté le parrainage dans la réussite de sa fille et l’aide précieuse pour toute sa famille. Il nous explique également que son handicap l’empêche de travailler, ce qui ne permettait plus à sa famille de vivre correctement.

 

Pour rencontrer les cinq filleuls parrainés par notre projet, nous sommes accueillis chez eux dans leur maison. Nous sommes toujours passionnés par les singularités et l’histoire de chaque famille. Nous essayons d’en savoir le plus sur eux et sur leurs conditions de vie. Nous en profitons aussi pour montrer de photos des parrains et marraines en France, et remettre quelques cadeaux. Encore des moments très forts !

 

Avant de regagner le Laos, nous faisons un arrêt à Vinh où nous sommes également accueillis dans un centre de séminaristes. Nous parlons longuement avec Pham, jeune séminariste avec un très bon français. Lorsque nous évoquons notre projet à vélo avec Enfants du Mékong, son visage s’illumine. Il nous apprend qu’il a lui-même été parrainé pendant sa scolarité ! Il étudie aujourd’hui le français à l’université à Hanoi. Son sourire et sa réussite font aujourd’hui plaisir à voir et traduisent l’importance du parrainage.

 

Il est maintenant temps de rejoindre la frontière laotienne par le passage de Cau Treo. Toute la frontière entre les deux pays est matérialisée par une chaîne de montagnes qui nous prenons plaisir à traverser sous la pluie ! Notre objectif pour rentrer au Laos : éviter la corruption apparemment très courante des gardes frontaliers. Leur système est bien en place, et on pourrait parfaitement croire à leur mise en scène. Un tampon obligatoire payant dans un bureau par ici, des frais de tourisme à régler par là… Nous faisons donc preuve d’imagination et de fermeté. Nous allons même jusqu’à simuler un appel à l’ambassade de France au Laos. Le stratagème est payant et nous évite les frais supplémentaires infligés généralement aux touristes de passage. En route sur les chemins du Laos !

 

 

 

Share on Facebook
Share on Twitter
Please reload

  • Facebook Social Icon
  • Instagram Social Icon
  • YouTube Social  Icon