Journal de bord #7 - Cultures vietnamiennes

20/05/2018

Nous voilà de retour au Vietnam, traversant la chaîne de montagnes frontalière qui nous emmène sur les plaines et la côte. La pluie nous accompagne quotidiennement jusqu’à Hue, ville historique reconnue pour sa cité impériale imposante. Sur la route, alors que nous sommes arrêtés et demandons de l’eau dans les échoppes environnantes, un chien joueur vient griffer légèrement la jambe de Victor. Ce coup de patte malheureux nous emmènera quelques jours plus tard dans un centre de vaccination, pour éviter les risques de rage. Les chiens asiatiques ne sont définitivement pas nos meilleurs amis ! Arrivés à Hue, nous retrouvons notre ami l’évêque Joseph Nguyen qui nous héberge pendant notre séjour dans la ville historique. Chambre personnelle, repas bien garnis et cafés illimités : nous sommes comblés ! Nous retrouvons également Ulysse, ami d’Antoine, avec qui nous découvrons le temps d’une journée le grand palais impérial et ses nombreuses pièces.

 

 Avant de rejoindre Hoi An et ses milliers de lanternes qui illuminent la vieille ville à la nuit tombée, nous faisons un stop « vaccin » obligatoire pour Victor à Da Nang, grosse station balnéaire sans charme où les immeubles et hôtels en construction sont légion. Après s’être essayés au surf sans grand succès malgré de belles vagues, nous sommes heureux de retrouver la route et de quitter cette atmosphère architecturale pesante. Nous tombons littéralement sous le charme de Hoi An dont nous découvrons les ruelles à pied avec notre nouveau compagnon de route Ulysse. Les lanternes aux multiples couleurs orientent le regard et confèrent aux vieux quartiers une âme authentique et apaisante. Les nombreux marchés de nuit garantissent une dynamique joyeuse à l’ambiance de la ville. Nous profitons de notre passage à Hoi An pour visiter le musée Réhahn, photographe français renommé pour ses portraits vivants et touchants. Le musée offre un joli panorama des minorités ethniques vietnamiennes et résonne fortement avec nos expériences passées dans les montagnes du Nord du pays. Costumes et objets traditionnels sont à l’honneur dans cette exposition à taille humaine pour donner une vitrine particulière à ces cultures qui disparaissent désormais trop rapidement. Les alentours de la ville sont également superbes, entre rizières et petits villages où nous profitons de sublimes couchers de soleil en compagnie des pêcheurs locaux.

 

Notre objectif suivant est de monter jusqu’aux hauts plateaux vietnamiens où nous devons rencontrer plusieurs filleuls autour de Kon Tum. En chemin, nous découvrons les temples de My Son, ancien sanctuaire du royaume Champa. La végétation reprend doucement ses droits sur les construction humaines antiques. Nous nous enfonçons progressivement dans la campagne profonde, et nous traversons des zones couvertes d’une jungle épaisse où les villages paraissent totalement coupés du monde. Dans cette région très vallonnée, nous demandons régulièrement l’hospitalité chez les locaux. Un soir, la police s’en mêle et nous sommes bien obligés de regagner une petite guest house à quelques dizaines de mètres, malgré la gentillesse du père de famille qui nous accueillait bien volontiers. Comme d’habitude, c’est pour notre "sécurité" !

 

Qui dit hauts plateaux, dit hauts cols et surtout grosses montées. C’est donc motivés que nous entamons de bon matin la plus longue côte du périple : 1600 mètres de dénivelés sur environ 25 kilomètres. Lorsque la pluie nous surprend, nous nous réfugions dans la maison de Pi, jeune Sedang, une minorité montagnarde très présente dans les hauts plateaux. Alors que nous partageons le repas bien arrosé avec ses amis, Antonin, français expatrié au Vietnam, nous rejoint également pour s’abriter et nous aide pour la communication. Pi nous répète qu’il n’a pas beaucoup d’argent, mais qu’il sera toujours prêt à nous accueillir si nous avons besoin. Un message touchant qui met en lumière cette générosité du cœur malgré des conditions de vie difficiles dans les plantations de café de cette région.

 

La douce descente vers Kon Tum fait du bien, laissant derrière nous les efforts concédés dans les pentes montagneuses. Située au centre des hauts plateaux, Kon Tum se distingue par sa diversité culturelle et ethnique. Jarai, Sedang et Bahnar sont autant de minorités présentes aux alentours de la ville. Pendant nos quatre jours de visite, nous avons la chance d’être logés à l’évêché où nous sommes reçus par le père Dong. Homme au grand cœur à l’humour toujours présent, le père Dong nous en apprend beaucoup sur l’histoire de la région et de ses habitants, le tout dans un très bon français. Nous sommes même reçus le premier soir avec un spectacle de danses traditionnelles montagnardes par les jeunes filles du foyer de l’évêché. Superbe ! Père Dong nous fait découvrir la cuisine locale et les spécialités montagnardes. Nous goûtons notamment la cuisine Jarai et nous pouvons déguster le riz gluant cuit sous les braises dans le creux de bambous.

 

Nous faisons la connaissance du responsable local d’Enfants du Mékong, Monsieur V. qui donne énormément de son temps pour suivre les familles et distribuer le parrainage dans de bonnes conditions. Il nous invite à un dîner chez une famille Bahnar dont le cadet reçoit un parrainage depuis plus de dix ans. La soirée est organisée spécialement pour la venue des parrains français, qui rencontrent pour la première fois leur filleul et sa famille. Entre deux danses en ronde au rythme de l’orchestre de gongs et quelques aspirations d’un alcool local, nous admirons les tenues traditionnelles rouge et noire revêties pour l’occasion. Une chance unique de pouvoir participer à ces festivités si différentes culturellement, et pourtant si proche humainement. Un dépaysement total !

 

Nous retrouvons Monsieur V. pour aller rendre visite aux filleuls nouvellement parrainés. Tous issus de la minorité Bahnar, leurs familles sont très nombreuses et les parents doivent travailler très dur pour pouvoir subvenir au besoin de chacun. La plupart des habitants issus des minorités ne possèdent pas de terres et doivent prendre des travaux journaliers sous-payés et éprouvants physiquement. Pourtant, ce sont bien des sourires et des regards pétillants qui nous accueillent.

 

Nous quittons finalement Kon Tum et rejoignons la frontière laotienne, conquis par ces hauts plateaux superbes où une humanité diverse et simple nous a beaucoup appris. Pour notre dernière nuit au Vietnam, nous dormons à quelques kilomètres seulement de la triple frontière Laos-Vietnam-Cambodge, un lieu fort de sens pour notre périple cycliste.

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