Journal de bord #8 - Des Bolaven aux 4000 îles

27/05/2018

Retrouvailles instantanées avec la jungle laotienne. Après une dernière montée sous un soleil de plomb où le manque d’eau nous aura bien affaiblis, nous nous jetons lors de la descente sur la première rivière que nous croisons pour nous rafraichir et nous hydrater. C’est une des rares routes où nous ne croisons aucun village pendant plusieurs dizaines de kilomètres. Seuls les chasseurs côtoient cette région frontalière, à en croire les nombreux coups de fusils qui proviennent de la forêt environnante. Nous quittons rapidement la route principale pour regagner nos chemins de terre favoris en pleine campagne, heureux de faire à nouveau voler la poussière des pistes laotiennes. À plusieurs reprises, nous devons poser pied à terre pour traverser une partie de la route complément inondée. Nous utilisons pour une fois davantage nos bras que nos mollets pour transporter vélos et bagages d’une rive à l’autre. De jolies galères, mais surtout de beaux souvenirs.

 

Nous profitons des dernières lueurs de chaque journée pour éviter la chaleur et admirer les lumières rosées au-dessus de nos têtes. Nous atteignons en quelques jours le pied du plateau des Bolaven, incroyable massif montagneux qui concentre une flore encore bien préservée. Avant d’entamer la longue ascension, nous découvrons quelques cascades où nous prenons plaisir à jouer avec le courant. La présence supposée de « puffer fish » possiblement mortel ne nous démotive pas, tant le soleil tape fort en milieu de journée. Nous avons finalement la bonne idée de commencer la douce montée sur le plateau en fin de journée, et la nuit tombe rapidement autour de nous. Un orage en approche se fait sentir et notre plan initial d’un campement sauvage au bord d’une cascade tombe à l’eau. Nous nous réfugions finalement sur la terrasse abritée d’un producteur d’oranges biologiques, dont nous savourons un délicieux jus au petit matin. Les journées suivantes sont dédiées à la découverte des Bolaven et nous alternons cascades stupéfiantes, marches dans la jungle humide et passages à vélo dans les plantations de café. Si les nombreuses chutes d’eau que nous contemplons sont fascinantes par leurs tailles et le volume d’eau qui s’écoule inlassablement d’une pierre à l’autre, nous sommes plus mitigés à la vue de la quantité d’hôtels de luxe qui émergent aux alentours et qui privent les voyageurs d’un accès libre à ces merveilles de la nature. Nous atteignons finalement les limites du plateau et nous pouvons redescendre vers la ville de Paksé, où de nouvelles rencontres filleuls nous attendent. Nous retrouvons alors notre cher Mékong avant de rejoindre le centre de séminaristes où nous sommes hébergés pendant nos journées de visites des programmes de parrainages.

 

 Nous faisons la connaissance de Virginie, volontaire bambou en charge de toute la région Sud du Laos. Elle nous explique avec clairvoyance et sans langue de bois les difficultés que rencontrent parfois les volontaires sur le terrain, dues notamment aux grandes différences culturelles. Impossible de calquer nos habitudes occidentales sur l’organisation laotienne, il faut s’adapter et jongler avec les pratiques locales. Un jeu souvent éprouvant mais surtout riche d’enseignement. Nous partons visiter les familles de trois filleuls dans un village isolé au pied d’un massif montagneux, loin des rives fertiles du Mékong. Parmi ces enfants parrainés, nous rencontrons la filleule d’Antoine, petite fille au sourire communicatif malgré un peu de timidité dans les premiers échanges. C’est aussi le jour de la cueillette des mangues, et une grande partie des enfants du village participe à cette récolte amusante. Alors que le chef du village monte en haut des arbres pour récolter les fruits avec une sorte d'épuisette, les enfants, restés en bas, sont chargés d'attraper les mangues lancées depuis les cimes avant que les fruits ne viennent s'écraser sur le sol. Un beau travail d'équipe et de belles parties de rigolade !

 

Notre séjour à Paksé est également l’occasion de suivre le quotidien de la volontaire Virginie dans ses missions diverses auprès des programmes. Nous rendons visite à un foyer de filles dans les Bolaven où de nombreuses rénovations sont nécessaires et nous allons rencontrer plusieurs enfants chez eux pour évaluer les situations familiales en vue des possibles parrainages.

 

 

Après ces journées intenses en rencontres et en émotions, nous reprenons la route en direction du Cambodge. Nous longeons avec plaisir le Mékong qui nous accompagne pendant nos dernières journées laotiennes. En pédalant avec une cadence plus tranquille, l’ombre d’une cabane où un étal de fruits sont toujours un bon prétexte pour marquer une pause, oublier la chaleur suffocante et prendre le temps d’observer la vie locale animée. Nous empruntons à plusieurs reprises un chemin à l’ombre de bambous. À quelques mètres du rivage, nous sommes comblés par ce sentier calme et par les paysages magnifiques qui s’offrent à nous. Nous traversons de minuscules villages où les nombreux enfants, surpris de nous voir, nous poursuivent en lançant de joyeux « Sabaidee » !

 

Notre route jusqu’au 4000 îles est aussi l’occasion de dormir pour la première fois au sein d’un temple bouddhiste uniquement féminin. Un accueil des plus chaleureux et une belle rencontre avec une sœur d’une grande gentillesse, à la voix très douce et mélodieuse. Nous découvrons le temps d’une après-midi les ruines du sanctuaire Wat Phou à Champassak. Arrivés en haut de la colline surplombant le site historique, nous admirons en arrière-plan le plateau des Bolaven dans toute sa longueur, belle preuve de notre avancée vers le Sud.

 

 

Arrivés aux 4000 îles, nous alternons petits sentiers de terre au bord de l’eau et traversées en bateau des nombreux bras du Mékong. Nous prenons du temps pour nous perdre un peu dans ces îles très peu fréquentées au Nord de la région. Le Sud est en revanche bien différent, regroupant l’ensemble des hôtels sur seulement deux petites îles. Nous essayons de nous éloigner au maximum et profitons au calme de quelques cascades impressionnantes. Les paysages verdoyants traversés depuis plusieurs jours laissent place à des rapides entourés de pics rocheux.

Après une dernière traversée sur un catamaran local, nous rejoignons le continent et nous décidons de nous rendre au poste-frontière en fin d’après-midi, une zone réputée pour sa corruption active et ses arnaques auprès des voyageurs. Pour nous, toujours le même mot d’ordre avant l’entrée dans un nouveau pays : nous ne dépenserons pas un centime de plus que le prix du visa, sans participer à cette mascarade financière peu scrupuleuse. Le ton est donné dès notre arrivée et nous refusons de donner plusieurs dollars pour un simple tampon de sortie du Laos. Une demi-heure de patience auront raison de la douanière peu sympathique qui cède curieusement cinq petites minutes avant la fermeture des bureaux. Tampon de sortie en poche, nous nous rendons rapidement aux bâtiments des visas pour valider notre entrée au Cambodge. Le poste est déjà fermé, et la police présente sur place se voit obligée de rappeler un douanier pour régulariser notre situation, une nuit en zone internationale n’étant a priori pas autorisée pour les voyageurs. La suite s’apparente à une pièce de théâtre comique, entre cris et agacement du côté des douaniers, patience et entêtement du nôtre. Après d’interminables négociations, nous semblons bénéficier de l’heure déjà tardive et obtenons les visas tant désirés, les douaniers repartant un peu grognons sans leur habituel argent de poche. Nous sortons de la zone internationale en pleine nuit, prêts à découvrir le Cambodge et ses habitants.

 

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