Journal de bord #9 - Les plaines du Cambodge

10/06/2018

L’arrivée dans un nouveau pays est toujours accompagné d’un sentiment particulier, entre une légère amertume de quitter des terres parcourues depuis plusieurs semaines et l’excitation de découvrir des routes et cultures encore inconnues et de nouveaux visages. Nos premiers coups de pédales nous emmènent dans des régions isolées au Nord du pays. Les larges plaines du Cambodge s’offrent à nous et les champs à perte de vue contrastent avec les reliefs moins linéaires traversés dans les autres pays. Nous alternons avec plaisir routes goudronnées et sentiers de terre rouge qui nous offrent des sensations différentes. Lorsqu’une bière nous est amicalement proposée sur le bord de la route devant une petite échoppe, nous nous arrêtons volontiers pour échanger quelques mots simples en anglais et apprendre nos premières phrases de Khmer. Autour d’une petite table, les rires et les bières successives font ressortir plus facilement les ressemblances. Alors que la nuit commence à tomber et que la fatigue alliée à la boisson nous enlève toute motivation de reprendre le vélo, un de nos généreux hôtes nous indique que nous pouvons passer la nuit dans sa maison en construction. La moustiquaire est vite accrochée et nous basculons rapidement dans le pays des songes.

 

 Sur la route, nous rencontrons également Theara, jeune infirmier qui nous offre un festin lors d’un déjeuner. Au menu, du porc grillé et des fruits frais. Il se propose même de nous faire visiter la jungle khmère si nous disposons de quelques jours. Malheureusement, le timing est serré et de nombreux kilomètres nous attendent encore. Les jours suivants en direction de Siem Reap sont d’abord marqués par la rencontre de deux cyclo-voyageurs espagnols, partis pour un tour du monde sur le thème de l’agriculture durable. Alors que nous passons la barre symbolique des 5000 kilomètres, notre objectif initial, nous goûtons aux joies de la mousson, qui transforme les routes en véritable marécages en quelques instants. Abrités sous une devanture de magasin pendant plus d’une heure en fin de journée, nous sommes accueillis pour la nuit dans une petite famille d’une gentillesse incroyable. Les deux petits garçons sont joueurs et profitent de nos matelas gonflables pour s’amuser comme des fous. Nous goûtons même à des fleurs violettes qui accompagnent une délicieuse omelette. La route jusqu’à Siem Reap se termine finalement par des chemins sablonneux calmes avec de nombreux temples suivis d’un axe routier principal bruyant. Une transition brutale vers cette ville aux multiples hôtels de luxe et à l’urbanisation importante. La présence d’une boulangerie française aux prix raisonnables nous redonne le sourire !

 

Dans cette ville comptant parmi les plus touristiques d’Asie, nous retrouvons forcément de nombreux visages occidentaux. La basse saison nous évite tout de même les foules suffocantes des premiers mois de l’année. Pendant deux jours complets, nous pouvons découvrir le site fabuleux d’Angkor et ses nombreux temples dissimulés dans une épaisse forêt. Toujours sur nos fidèles deux-roues, nous partons tôt le matin pour explorer ses merveilles architecturales qui font corps avec la nature. Nous prenons un plaisir enfantin à jouer les aventuriers dans les constructions en pierres, et nous sommes ravis de partager quelques-uns de ces moments avec des singes qui nous observent depuis les arbres. Parfois hostiles, souvent joueurs, ces compagnons restent toujours fascinants à regarder, tant leur comportement en groupe est familier. Notre coup de cœur revient au temple Bayon, sanctuaire aux mille visages que nous découvrons complètement seuls. Malgré leur apparente rigidité, les visages semblent vivre et communiquer au rythme de subtils changements de lumière naturelle. Une histoire forte est définitivement inscrite dans ces pierres et nous en ressentons facilement l’écho, même lointain.

 

Siem Reap est aussi le lieu d’une séparation difficile. Après trois mois sur les routes, deux des six roues du projet repartent pour la France. Simon avait en effet initialement prévu de repartir depuis cette ville. Le démontage final du vélo est donc fortement symbolique. Un dernier repas autour d’un bon Lok-Lak, spécialité khmer délicieuse, permet de célébrer les kilomètres déjà parcourus et les expériences vécues. C’est donc non sans émotion que deux des Moustiquaires quittent leur compagnon et reprennent la route en direction du Sud, longeant le Tonlé Sap. C’est à la fois le plus grand lac d’Asie du Sud-Est et également la seule rivière dans le monde dont le cours change de sens selon la saison.

 

En chemin vers la capitale Phnom Penh, nous faisons une escale dans un village flottant. Malgré le faible niveau de l’eau à cette période de l’année, les maisons sur pilotis se dressent fièrement les unes à côté des autres et offrent un spectacle coloré. La grande pauvreté des habitants nous marque particulièrement et les nombreux déchets au sol font partie du quotidien difficile local. Pourtant, nous recevons sourires et salutations enjouées à notre passage, et nous prenons plaisir à jouer avec les enfants qui nous poursuivent les uns après les autres.

 

Sur la route, les pagodes bouddhistes nous accueillent tous les soirs. Nous sommes réveillés brutalement un matin par la présence d’une cinquantaine de personnes, disposées autour de nous. Tout ce beau monde attend patiemment notre réveil pour commencer une cérémonie de prières pour un enterrement. Un réveil assez spécial, sous l’œil attentif de Bouddha ! Un dernier arrêt avant la capitale nous permet de déguster quelques mets singuliers. Dans la ville de Skun, il est courant de manger des mygales et autres criquets fris dans l’huile, une pratique qui remonte au temps des Khmers rouges lorsque la nourriture se faisait rare. Une dégustation difficile pour Victor, meilleur ennemi des bestioles à huit pattes, qui finit par engloutir avec courage les pattes et la tête de la grosse araignée. L’arrivée à Phnom Penh se fait de nuit après 140 kilomètres avalés dans la journée. La circulation qui nous accompagne en centre ville est dense est dangereuse, et nous zigzaguons entre les véhicules et les buildings. Les jambes sont finalement heureuses de pouvoir se reposer.

 

 

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