Journal de bord #10 - Le pays des Khmers

16/06/2018

 

La capitale cambodgienne est singulière à bien des égards. Les grands buildings de verre illustrant le développement rapide du pays se mêlent aux grandes pagodes anciennes et aux ruelles animées qui composent les nombreux quartiers. C’est une ville qui grandit à vue d’œil, à en juger par le nombre incroyable de bâtiments en construction, de centres commerciaux qui s’élèvent les uns après les autres. Dans certains quartiers, ces nouveaux monstres de béton, bâtis pour la consommation côtoient sans état d’âme des bidonvilles abandonnés. Ce développement semble pleinement tourner une partie de la capitale vers l’avenir. Pourtant, c’est également une ville où l’histoire difficile et récente du pays résonne encore profondément dans les mémoires, à commencer par l’ancienne prison secrète S21, désormais transformée en musée. Nous avons pu découvrir cet endroit chargé d’un passé inhumain et violent. Un lieu intense qui nous a permis de mieux nous représenter les horreurs de la période des Khmers rouges, un régime autoritaire longtemps ignoré de tous.

Notre passage dans la capitale est aussi l’occasion de faire une petite visite au centre Christophe Mérieux, un centre Enfants du Mékong ouvert il y a plus de dix ans et qui accueille de nombreux étudiants à l’université venus de tout le Cambodge. Ce sont tous des étudiants très méritants, avec d’excellents résultats au lycée mais qui ne pouvaient pas accéder à l’université et ses frais importants. En plus de leurs cours respectifs, en droit, en mathématiques ou encore en langues, tous les jeunes ont la chance de recevoir une formation humaine et professionnelle dispensée par les volontaires au centre. Cette formation très complète leur permet de se construire et d’avoir toutes leurs chances sur le marché du travail. Dès notre arrivée, nous restons assez impressionnés par la motivation et la bonne humeur des jeunes au centre. Leur épanouissement se lit directement sur leurs visages. Tous parlent un petit peu anglais et certains se débrouillent très bien en français. Ce lieu est porté par un enthousiasme débordant et la volonté de construire un avenir meilleur. Certains veulent devenir ingénieur, d’autres professeurs ou même ministre du Cambodge !

 

Nous participons à un concours de Hip-Hop organisé par les volontaires français. Chaque centre EDM au Cambodge enverra son équipe gagnante pour une grande finale nationale. Nous sommes donc projetés membres du jury et nous devons juger comme nous pouvons les différents groupes d’étudiants. Les prestations qui défilent sous nos yeux offrent toutes un spectacle incroyablement créatif, tout en coordination et rempli de sourires. Les autres centres n’ont qu’à bien se tenir ! La fin du concours et les quelques déceptions des vaincus laissent rapidement place à la joie de retrouver une piste de danse libre où chacun peut s’exprimer au rythme de la musique khmère. Nous apprenons même la chorégraphie d'un Madison revisité à tout le groupe d’étudiants !

 

Notre séjour à Phnom Penh est également marqué par quelques plaisirs qui sont très agréables après plusieurs mois de vie nomade à vélo. Le marché central devient notre repère matinal favori, avec ses nombreux beignets et ses shakes inégalés. Nous nous laissons aussi tenter par un bon Amok, plat traditionnel khmer à base de poisson de de lait de coco. Un vrai délice ! Nous profitons enfin d’une petite piscine en libre accès sur le toit d’un hôtel pour nous rafraichir avec un beau point de vue sur toute la capitale.

 

Nous retrouvons notre guidon et nos pédales et remontons vers Battambang en longeant les rives Ouest du Tonlé Sap. Nous continuons à trouver refuge dans les temples avant la tombée de la nuit pour éviter la pluie de la fin de journée, annonciatrice du début de la mousson. De gros orages nous suivent quotidiennement et le déluge arrive parfois en seulement quelques minutes. Entre deux promenades dans des marchés locaux animés, nous faisons un détour par un nouveau village flottant près de la ville de Krakor. C’est un horizon assez triste qui nous attend en cette période de l’année. Le niveau de l ’eau a fortement baissé, laissant place à une multitude de déchets. Les pêcheurs locaux continuent leur va-et-vient quotidien et semblent intrigués par nos deux vélos chargés aux couleurs des pays traversés.

 

Nous arrivons finalement à Battambang, ville très sympathique à taille humaine. Nous y rencontrons Ilosa, une filleule en classe de terminale en pleine préparation pour le baccalauréat. La visite est très touchante et c’est une jeune filleule épanouie qui nous accueille chez elle avec ses parents. Ilosa souhaite devenir enseignante, mais c’est une filière très sélective au Cambodge. Nous pouvons même échanger quelques mots en anglais avec elle : un vrai plaisir !

 

Nous découvrons les jours suivants un centre AFS où travaillent deux volontaires bambous. L’établissement accueille environ 160 enfants et c’est l’association Enfants du Mékong qui va reprendre la responsabilité du centre à la fin de l’année. Nous sommes heureux d’en découvrir le fonctionnement, car la maison de retraite qui suit nos aventures depuis la France va soutenir ce centre par le biais d’une campagne de dons. Nous arrivons le jour des olympiades où deux équipes s’affrontent sur plusieurs épreuves. Béret, relais eau et lancer de balles sont au programme. C’est une compétition joyeuse à laquelle nous assistons et les rires résonnent fortement dans toute la cour principale. Nous avons également la chance de pouvoir rencontrer le directeur du centre et lui posons quelques questions sur son parcours. C’est un homme au passé difficile, à l'image de son pays, qui met désormais toute son énergie au service des enfants, pour les faire grandir et les ouvrir au monde.

 

Avant notre départ, nous croisons un couple de voyageurs cyclistes français qui parcourent également l’Asie du Sud-Est. Une nouvelle rencontre est programmée pour les semaines à venir sur la route de Phuket. Nous nous mettons alors en route vers Sisophon et son centre Enfants du Mékong bien connu que nous visitons le temps d’une journée. Nous nous fondons dans l’atmosphère agréable de cet univers studieux, au milieu de tous ces jeunes enthousiastes et d’un décor verdoyant. Nous sommes invités à manger dans des foyers différents, avec un groupe de garçons pour le déjeuner, et chez des jeunes filles le soir. Nous pouvons nous imprégner pleinement de leur épanouissement et nous comprenons toute l’importance de ce centre dans la réussite de leur vie professionnelle et humaine future. Un match de football, quelques chants traditionnels khmers et une répétition pour le prochain concours de hip-hop sont également au programme de cette formidable journée.

Nous rejoignons finalement la frontière thaïlandaise après ces quelques semaines au rythme cambodgien. Nous savons que la transition entre ces deux pays voisins sera sans doute assez brutale. Nous sommes tristes de quitter ce pays qui nous a touchés par son histoire et son accueil, mais résolument prêts à pédaler sur les routes encore inconnues du dernier pays de notre périple.

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