Journal de bord #11 - Jungles naturelle et urbaine

29/06/2018

Premier changement à accepter rapidement en Thaïlande : rouler à gauche ! Nos premiers kilomètres sont chaotiques et chaque intersection apporte son lot d’incertitudes et demande quelques secondes d’adaptation avant de reprendre la bonne voie. Comme à son habitude, le ciel s’assombrit rapidement et nous voyons avec appréhension arriver le déluge approchant. Les couleurs menaçantes et contrastées du ciel se mêlent alors avec les paysages verdoyants et pleins de vie qui nous entourent. Lorsque les premières gouttes cristallines se joignent à la grisaille, nous nous réfugions sans détour sous la toiture d’un petit restaurant où une dame nous accueille avec de l’eau et un bon plat de riz. Alors que le déluge n’a pas l’air de s’estomper, on nous propose de nous héberger et un matelas est installé dans le salon avant même nos remerciements.

 

L’hospitalité asiatique semble tout à fait naturelle en Thaïlande. Nous la vivons chaque jour, entre les bouteilles offertes directement par un bras passant par la vitre d’une voiture, ou encore par l’accueil que l’on nous réserve dans les différents temples bouddhistes sur notre chemin. Jamais nous n’entendons un refus lorsque nous arrivons fatigués, souvent boueux et demandons avec nos quelques mots de vocabulaires thaï si nous pouvons poser nos affaires pour une nuit. Toujours nous observons avec intérêt les pratiques et coutumes des moines, qui diffèrent selon les pays et nous en apprennent beaucoup sur l’importance du bouddhisme dans ces cultures. Parfois, le décalage est fort entre la vie spirituelle imaginée du moine depuis nos contrées occidentales et la réalité surprenante sur place.  Nous passons souvent du temps avec des bénévoles qui les aident au quotidien. Ce sont des moments forts !

 

Nous retrouvons une cuisine plus variée, plus fine et souvent plus épicée. Un bon curry ou un pad thaï (nouilles sautées au citron et cacahuètes) nous redonne toujours des forces et le sourire. Avant de rejoindre la côte du golfe de Thaïlande, nous passons plusieurs journées à traverser la jungle sur des routes peu empruntées. L’immensité des ces étendues vertes nous fascinent, elles vivent et respirent à leur rythme. Nous croisons des singes sur la route, certainement habitués à recevoir de la nourriture par les passants. En revanche, pas d’éléphant sauvage à l’horizon, malgré les nombreux panneaux qui nous encouragent à la prudence si d’aventure nos guidons devaient leur faire face.

 

Nous roulons sur de petites routes goudronnées et tentons alors notre chance sur des chemins de terre qui semblent raccourcir les distances et varier les plaisirs. Nous sommes vite rattrapés par la boue des sentiers agricoles et nous n’avançons plus. La terre collante sèche rapidement et bloque complément le moindre tour de roue. Il nous faudra de longues minutes pour réussir à tout enlever et repartir dans le sens opposé, un peu déçus de quitter ces routes plus tranquilles. Nous finissons par arriver sur la côte du golfe de Thaïlande et la transition est assez rapide. Nous pédalons à côté de grands buildings et autres centres commerciaux et laissons la jungle thaïe derrière nous. Nous atteignons finalement une plage déserte en cette basse saison. Nous rencontrons une policière, très heureuse de nous trouver. Après quelques photos, elle nous offre même de bonnes boissons fraîches avant de repartir en souriant et en expliquant notre voyage aux autres passants sur le chemin. Le plaisir d’offrir et cette culture du don nous semblent toujours incroyables.

 

La destination suivante est Bangkok, mégalopole asiatique par excellence et sanctuaire d’un développement économique fulgurant. Des dizaines de kilomètres avant l’arrivée, nous slalomons déjà entre les nombreux pick-up et les bus, et côtoyons les banlieues industrialisées de la capitale du pays. Nous restons plusieurs jours pour découvrir et essayer de comprendre cette ville gigantesque. Nous sommes accueillis à la « maison bambou » de l’association où logent les volontaires français toute l’année. Notre premier regard sur la ville est celui d’un cœur économique grandissant qui bat au rythme d’une consommation infernale et d’une pollution à outrance. Les embouteillages qui s’accumulent sous l’œil attentif des buildings de verre nous donnent un sentiment de vertige et représentent une partie de l’Asie qui ne nous est plus totalement familière. Chaque coin de rue est l’occasion d’observer une famille entière sur un scooter, un homme d’affaire pressé ou un groupe de touristes bruyant. La diversité de la ville finit par nous impressionner. Le petit vendeur de fruits côtoie modestement l’immense centre commercial et ses boutiques de luxe. Au fil des journées, nous apprenons cependant à apprécier la vivacité et le dynamisme de cette ville qui ne dort jamais. Ses petits marchés, ses activités près des canaux et ses ruelles encore authentiques où la vie locale garde une simplicité agréable nous plaisent beaucoup.

 

En compagnie d’Alice, la volontaire française en charge de la région Sud de la Thaïlande, nous quittons finalement Bangkok et sa jungle urbaine pour la ville de Nakhon Pathom. Nous retrouvons Pek, le responsable du programme de parrainage de la zone qui nous accompagne rencontrer les filleuls chez eux. Attentif aux enfants, d’une gentillesse incroyable et généreux dans le temps qu’il donne au service des plus démunis, Pek nous touche beaucoup. Tous les filleuls vont dans la même école, construite par un moine bouddhiste il y a plus de cent ans. L’atmosphère générale est sereine et l’enthousiasme des enfants nous fascine une fois de plus. Nous rendons visite à quatre filleuls chez eux. Tous ont des situations familiales très compliquées mais en parlent avec une facilité déconcertante. Agriculteurs ou travailleurs journaliers, les familles ont besoin de ce parrainage qui peut leur changer la vie. De retour à l’école, nous avons l’occasion de préparer le repas pour tous les enfants avec les cuisinières. Bonne humeur et rires garantis !

 

Nous nous lançons finalement dans la grande descente vers le Sud de la Thaïlande, confiants de pouvoir éviter la mousson... 

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