Journal de bord #12 - Les côtes thaïlandaises

29/06/2018

C'est avec des sentiments partagés et divers que nous repartons de Nakhon Pathom. D'une part avec le baume au coeur habituel après les rencontres filleuls de ce programme qui nous a beaucoup plu, d'autre part avec un mélange d'excitation et de nostalgie en pensant aux prochaines étapes. Nous mettons effectivement désormais le cap plein Sud, pour rejoindre des paysages maritimes que nous savons grandioses, mais c'est également la dernière ligne droite du trajet - bien que longue de quelques 800 kilomètres - et nous ne pouvons nous empêcher de commencer à faire une rétrospective des derniers mois passés sur le continent asiatique. De plus, il ne nous faut pas traîner, car nous ne disposons que d'une dizaine de jours pour rejoindre Takua Pa, à 130 kilomètres au Nord de Phuket, où nous attendent des filleuls. 

 

Après une première nuit dans un nouveau monastère, nous parvenons à rejoindre la côte Est, que nous décidons de suivre le plus loin possible pour le plaisir des yeux. Un premier paramètre météorologique que nous n'avions pas prévu vient rapidement ajouter son grain de sel : nous subissons des bourrasques de plein fouet et peinons à avancer à une vitesse convenable. C'est la première fois depuis plus de quatre mois que nous devons vraiment faire face au vent, mais nous nous en serions bien passés ! Il nous accompagnera durant plusieurs jours, mais sera heureusement moins véhément lorsque nous nous écartons un peu du littoral. Nous faisons aussi la rencontre de deux cyclotouristes turcs, partis de Singapour et se dirigeant vers Bangkok, s'arrêtant ça et là pour enseigner le yoga. 

 

Les paysages se transforment au fur et à mesure de notre avancée : les horizons lointains et décors s'apparentant à des marais salants laissent peu à peu la place à une végétation tropicale luxuriante qui nous était plus familière. Nous retrouvons également nos amis les macaques, qui occupent bien volontiers une moitié de la route et nous obligent parfois à quelques zigzags. Antoine se fait même prendre en chasse par quelques intrépides ayant repéré les bananes sur son porte-bagages ! 

 

Après quelques coups de pédale supplémentaires, nous arrivons aux premières plages, telles qu'elles peuvent être décrites dans les guides touristiques de la Thaïlande. A une exception près : nous sommes seuls sur le sable ! Nous profitons allègrement du spectacle s'offrant à nous, entourés de cocotiers d'un côté et d'une eau claire et turquoise de l'autre, avec des îles en pain de sucre pour arrière-plan. Ces différentes plages constituent les points de pauses de nos journées cyclistes, et nous les rejoignons en passant par des petits chemins traversant de nombreuses palmeraies et champs d'ananas. Vraisemblablement une des plus belles routes du voyage. C'est d'ailleurs sur cette route que nous atteignons la barre des 7000 kilomètres, et que nous faisons face à un problème technique encore inconnu auparavant : peu avant la ville de Chumphon, le pneu de Victor éclate, et nous sommes contraints de nous arrêter sur le bas-côté pour réfléchir à une solution. C'était sans compter sur la gentillesse des Thaïlandais, et leur sens développé pour l'entraide. Après quelques minutes seulement, un monsieur au volant de son pick-up s'arrête et nous propose d'embarquer notre roue arrière afin d'aller changer le pneu et la chambre à air dans une ville située 10 kilomètres plus loin. Il nous demandera même plusieurs fois si nous lui faisons confiance pour partir avec notre roue arrière... Comme nous nous en doutions, il est évidemment hors de question pour lui que nous le remboursions lorsqu'il revient avec un pneu flambant neuf. Il va décidément être difficile de quitter ces pays qui nous ont accueillis, nourris, logés, aidés ces derniers mois. 

 

Arrivés à Chumphon, nous décidons d'explorer l'île de Koh Tao pendant 2 jours, bien connue pour ses spots de plongée, et de ce fait plus touristique que les lieux que nous venions de traverser. Nous expérimentons un nouveau moyen de transport : le ferry de nuit, sur lequel nous embarquons nos plus fidèles destriers pour rejoindre cette île constituée d'une multitude de "collines" avoisinant les 300 mètres d'altitude. Nous goûtons ainsi dès le matin à ces côtes dépassant souvent les 20% de dénivelée et qui nous contraignent à pousser nos bolides à la force des bras sous un soleil de plomb. Durant ces 2 jours de retraite, nous profitons essentiellement de trois baies que nous avions repérées au préalable, et où nous effectuons du snorkeling (comprendre plongée avec masque et tuba). Nous sommes fascinés par la richesse des fonds marins que nous observons, mêlant forêts de corail et poissons exotiques en toute sorte. Nous avons même la chance de nager durant quelques minutes avec une énorme tortue de mer. Bien que les occidentaux soient plus présents, nous sommes contents d'avoir choisi cette île tant les littoraux restent préservés et à l'abri des complexes hôteliers de luxes ! Nous ne voyons que peu de bâtiments en front de mer, et sommes tout de même quasiment seuls sur les plages. 

De retour sur le continent, nous sommes contraints de rester abrités plusieurs heures à cause d'une pluie diluvienne avant de pouvoir repartir. La mousson monterait-elle un peu plus le bout de son nez ? Ce que nous ne savons pas à ce moment, c'est que ces averses incroyablement soutenues nous accompagneront quasiment jusqu'à Phuket ! Après de nombreuses pauses, nous nous résignons et comprenons qu'il va falloir se mouiller si nous voulons avancer. Nous adoptons donc un rythme saccadé, alternant vélo sous les rares accalmies ou pluies classiques et pauses lors des phases de déluge. Nous traversons le pays d'Est en Ouest et rejoignons ainsi Takua Pa au plus vite, sans pouvoir réellement admirer la mer d'Adaman, comme prévu initialement. Nous retrouvons également les monastères et les moments simples partagés avec les Thaïlandais, comme proche de Takua Pa, où nous passons la soirée avec un ancien militaire fêtant ses 60 ans, dans sa petite échoppe. 

 

Nous rejoignons alors finalement Takua Pa, dernière étape avant Phuket, et où nous devions rencontrer 2 filleules. Nous avons malheureusement appris qu'une des deux avait arrêté l'école, et que son parrainage allait donc bientôt s'arrêter. Nous sommes donc allés la rencontrer dans sa famille pour essayer d'en savoir plus, et nous avons pu comprendre que cette famille de réfugiés birmans avait pour idée de retourner bientôt au Myanmar, et préférait ainsi que leur fille étudie leur culture là-bas plutôt qu'en Thaïlande. L'absence de car scolaire et les problèmes de santé du père étaient autant de raisons de plus qui impliquaient une aide de la jeune fille au travail familial dans leur ferme de champignons. L'autre filleule, Nom, respirant la joie de vivre, habite avec sa famille au fond d'une forêt d'hévéas, dans une cabane en bois. Ce sont également des réfugiés birmans, comme un grand nombre de filleuls parrainés en Thaïlande du Sud, et le parrainage joue un rôle considérable dans leur vie quotidienne. 

 

Partis de Takua Pa, nous nous dirigeons vers Phuket, destination finale de notre périple. Nous ne réalisons pas vraiment que nous pédalons pour la dernière fois sur ces terres, et l'Asie du Sud-Est semble nous envoyer un signe lorsque le soleil chasse les nuages et la pluie des jours précédents pour notre dernière étape ! Arrivés à Phuket, nous faisons la connaissance de Soeur Lakana, responsable du programme où nous devons rendre visite aux derniers filleuls. Cette dame réalise un travail formidable au quotidien. Elle est à la tête d'un centre visant à insérer les réfugiés birmans dans la société thaïlandaise, et donnant également des cours aux enfants. Elle nous montre le visage caché de Phuket, deuxième destination touristique de Thaïlande, mais abritant également des bidonvilles terrifiants, construits derrière le port de pêche de la ville, et où travaillent la plupart des réfugiés birmans, en faisant sécher le poisson. Nous en ressortons le coeur lourd, mais le sourire des filleuls que nous rencontrons, issus de ces quartiers difficiles, est contagieux. Les enfants du centre sont excités à l'idée d'essayer nos vélos, et nous nous voyons offrir un petit chant et un collier de fleurs en guise de remerciements ! 

 

Nous quittons le centre des étoiles plein les yeux, mais l'heure est déjà à l'emballage des vélos et à la confection des bagages... Un dernier passage par un marché local et nous voilà partis pour la France, où nous attendent nos proches. Nous avons encore du mal à digérer tout ce que nous avons pu vivre pendant ces cinq mois de vie nomade à vélo. Tant de rencontres nous ont enrichis, tant de découvertes nous ont fascinés. Nous repartons conquis par ces cultures si attachantes et ces populations simples et généreuses qui nous ont beaucoup changés.

 

Share on Facebook
Share on Twitter
Please reload

  • Facebook Social Icon
  • Instagram Social Icon
  • YouTube Social  Icon